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Perception et représentation du corps : entrevue avec Édouard Lock

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Image tirée du film Aida d'Édouard Lock  L'un des thèmes centraux de cette édition de FIFA Connexions est la perception et la représentation du corps. Nous avons demandé au chorégraphe et réalisateur Édouard Lock, l'un des participants à FIFA Connexions, de nous guider dans cette réflexion.


Est-ce qu'on comprend le corps et comment le mouvement influe-t-il cette compréhension?


Oui et non. Un corps en mouvement, d'après moi, génère un flux d’informations qui s’avère être trop important pour offrir plus qu'une compréhension partielle de ses attributs. Les données nécessaires pour définir ses proportions, sa forme, son genre ou toutes autres spécificités deviennent beaucoup plus difficiles à capter lorsque s'introduit le mouvement. À titre d’exemple, quiconque passe sa main rapidement devant ses yeux ne verra qu’un flou informe. 


Les observations du corps au repos semblent aussi manquer de détails et de précisions. Si nous essayons d'estimer, sans vérification préalable, le nombre de lignes sur nos paumes, leur forme, leur position, leur topographie, nous aurions de très bonnes chances de nous tromper, même si la main reste l’une des parties les plus en vue du corps. 


Alors pourquoi ne sommes-nous pas plus désorientés vis-à-vis le corps ?


C'est une bonne question. Peut-être parce que même si notre compréhension du corps en mouvement, et comme structure, est faible, on se réfère à une image générique et symbolique du corps pour contrer cette instabilité, et voiler l’absence de détails du corps physique. Cela signifie que on ne voit pas le corps. On le pense.


Ce que je trouve intriguant avec tout ça, c’est qu'une fois ce lien établi, on peut potentiellement interagir de manière inattendue et fluide avec un nombre multiple de représentations du corps. À titre d’exemples, les corps souvenirs, accumulés à divers moments de notre vie et pour différentes raisons, qui interagissent les uns avec les autres pour créer une image composite de soi. Ou le corps physique défini de manière aléatoire et fragmentée; les lignes sur notre paume en sont un exemple. Ou encore le corps culturel, défini par des références et distorsions historiques et contemporaines. 


Une série de corps virtuels qui se modifient et se remplace, impliquant que le corps, possède un ensemble indéfini de caractéristiques.


Le corps comme une somme de détails trop grands pour être compris ?


Oui. D’accepter que le corps se voile autant qu'il se révèle et en déduire qu’une compréhension absolue du corps est impossible. Si c’est vrai, peut-être aussi accepter que le corps soit trop complexe pour ne porter qu'un seul récit, qu’un seul narratif ou qu'une seule intention. Qu'il y a des harmoniques au-delà de la note centrale si on veut. C’est une caractéristique qui, d'aprèsnmoi, définit non seulement le corps mais aussi la vie en général. La nature a un niveau de détail égoïste qui ne s'adapte pas à l'observateur et, par conséquent, dispose d'un champ de possibilités plus large que ce que l'observateur attend ou peut utiliser.



Image tirée du film Aida d'Édouard Lock 


Pourriez-vous donner un exemple ?


Oui. Des feuilles soufflées par le vent peuvent générer un niveau d'information trop important pour être compris.  C'est pour cette raison que parfois un arbre peut sembler triste, oppressant, réconfortant ou joyeux, selon le point de vue de l’observateur. Cela se produit peut-être parce que le niveau de détail surpasse une quantité « utile » et devient alors une surface vivante et interactive sur laquelle les états ressentis par l'observateur peuvent être projetés, déformés ou réfléchis. Cela implique que nous étendons notre réalité dans le monde autant que le monde s'immisce en nous.  Et que nous conférons des intentions complexes aux structures perçues comme étant complexes.


En tenant compte de cet exemple, alors, quel est le corps pour vous ?


Mystère. Pour moi le corps reste avant tout le premier prolongement de nous-mêmes dans le monde et, en tant que tel, le premier symbole sur lequel tous les autres symboles sont fondés. Modifier la façon dont nous le percevons, c'est modifier tout ce qui a été construit sur cette perception.




À propos d'Édouard Lock








Crédit photo : Carl Lessard


Chorégraphe et réalisateur, Édouard Lock a commencé sa carrière de chorégraphe à l’âge de 20 ans et a fondé La La La Human Steps en 1980. Des compagnies telles que l’Opéra de Paris, le Nederlands Dans Theater, le Het Nationale Ballet de Hollande, le Ballet de Culberg et Le Ballet royal de Flandres lui ont commandé des oeuvres. Édouard Lock a été le coconcepteur et directeur artistique de la tournée mondiale de David Bowie, Sound and Vision. Il a aussi collaboré avec Frank Zappa pour les concerts de la sérieThe Yellow Shark. D’autre collaborateurs en musique incluent Einstürzende Neubauten, Steve Albini (Shellac of North America), Kevin Shields (My Blue Valentine), David Van Tieghem, West India Company, David Lang et Gavin Bryars. À l’invitation de l’Opéra de Paris et de Robert Carsen, Édouard Lock a signé en 2003 la chorégraphie desBoréades, interprétée par sa compagnie La La La Human Steps au Palais Garnier. Ses œuvres ont remporté de nombreux prix, parmi lesquels le prix Denise-Pelletier, le prix du Centre national des Arts, le Prix Premio Positano Leonide Massine de la meilleure compagnie d’auteur, le Prix chorégraphique Benois de la Danse à Moscou, le Prix du Gouverneur général pour les arts du spectacle, et le prix Molson attribué par le Conseil des Arts du Canada. Un doctorat honorifique lui a été décerné par l’Université du Québec à Montréal. Plusieurs films ont été consacrés à ses œuvres. En 1994, Bernar Hébert a réaliséLe Petit Musée de Vélasquez. En 1997, Édouard Lock est invité, aux côtés notamment du peintre Roy Liechtenstein, de l’architecte Tadao Ando et de David Bowie, à faire partie du documentaireInspirations, réalisé par le Britannique Michael Apted. L’adaptation cinématographique d’Amelia réalisée par Édouard Lock est présentée en première américaine au Festival du film de Tribeca à New York et en première européenne au Festival international du film de Karlovy Vary. Ce film est primé dans de nombreux festivals internationaux, notamment le Festival international du film de Chicago, le Festival international du Film de Prague et le Festival Rose d’Or en Suisse. Il remporte aussi meilleur réalisation, direction photo et montage aux prix I.C.E. et aux prix Gémeaux.


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